Partenaires

CNRS
Logo tutelle

UMR 8538
Ecole Normale Supérieure
24 Rue Lhomond
75231 Paris CEDEX 5
Tél +33 (0) 1 44 32 22 11
Fax +33 (0) 1 44 32 22 00



Rechercher

Sur ce site


Accueil du site > Actualités > Le séisme au sud des Longmen Shan (Sichuan) du 20 avril 2013

Séisme Sichuan 20 avril 2013

Le séisme au sud des Longmen Shan (Sichuan) du 20 avril 2013

Contact : Julia de Sigoyer

Un séisme de magnitude 6.6 s’est produit sur la bordure orientale du plateau Tibétain à 100 km de la ville de Chengdu (Sichuan, Chine), le 20 avril 2013 à 00:02:47 TU, 08 :02 heure locale. Cet événement s’inscrit à la suite du séisme du 12 mai 2008 Mw 7.9 (Fig. 1 et 2) et de nombreux autres séismes sur cette bordure orientale du plateau (8 séismes de magnitude > 7 depuis 1786 (http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_earthquakes_in_Sichuan)). La zone de rupture du 20 avril 2013 est localisée au front du plateau tibétain dans la chaîne des Longmen Shan. Le développement récent du plateau Tibétain et de cette chaîne de montagne résulte de la collision Inde/Asie. Les données GPS enregistrées à travers la chaîne des Longmen Shan montrent cependant peu de déplacement de cette bordure du plateau vers le craton Chine du Sud (Fig. 1), l’essentiel des déplacements semblant être plutôt accommodé le long de grandes failles décrochantes (coulissantes) comme la faille de Kunlun ou la faille de Xian Shui He. Néanmoins, le gradient topographique abrupt de la chaîne des Longmen Shan témoigne de l’activité de ce front.

BMP - 875.6 ko
Figure 1 :
Carte de la collision entre l’Inde et l’Asie. Les flèches représentent les vecteurs déplacements mesurés par GPS d’après Gan et al. (2007) reportés dans un référentiel Eurasie fixe. La convergence entre l’Inde et l’Asie est de 4,5 cm/an, alors que la convergence à travers la chaine des Longmen Shan est inférieure à 3 mm/an (dans le rectangle de localisation de la zone d’étude).

Comme le déplacement du plateau Tibétain par rapport au craton Chine du Sud n’est pas perpendiculaire aux failles en jeu mais plutôt oblique, le mouvement se « partitionne » sur deux failles distinctes : le décrochement (coulissage) est absorbé sur la faille de Longriba, à 150 km du front, le raccourcissement restant est absorbé sur le front de chaîne des Longmen Shan (Fig. 2).

JPG - 223 ko
Figure 2
Modèle numérique de terrain de la bordure orientale du plateau Tibétain. Les cercles rouges montrent les Epicentre épicentre des séismes de Mw >4 du 12 mai 2008 au 19 avril 2013, les points jaunes les séismes enregistrées du 20 avril 2013 au 21 avril 2013 16h30. Ces points se répartissent sur la surface de la faille projetée à l’affleurement qui a rompu lors de ces séismes. Le mécanisme au foyer du séisme du 20 avril 2013 (USGS) est purement chevauchant (en jaune) alors que celui du 12 mai 2008 était décrochevauchant (noir et blanc). XSHF (faille Xian Shui He. Les failles sont représentées en trait noir.

L’USGS localise ce séisme à 11 km de profondeur. Celui de 2008 se trouvait entre 15 et 18 km de profondeur suivant les solutions. La coupe schématique de cette chaîne (Fig. 3) montre pourquoi ce séisme semble n’avoir rompu qu’une seule faille, alors même que la rupture de 2008, initiée plus profondément, s’était propagée sur deux segments comme le montre la trace de la rupture en surface le long de la faille de Beichuan décrochevauchante et la faille de Guanxian purement chevauchante. La nouvelle rupture semble s’être produite plutôt dans la continuité de la faille de Guanxian (Fig. 2 et 3). Comme le montre la Fig. 2, les répliques occupent la zone de la rupture. Elles rompent les petites aspérités « oubliées » par le choc principal. La localisation des répliques permet de visualiser la surface rompue par ces deux séismes importants (Fig. 2). On observe qu’une zone vierge de séismes (>Mw 4) de plus de 50 km sépare les ruptures de 2008 et 2013. De même, dans la continuité sud du front de chaîne, aucun séisme récent n’a été enregistré. On peut craindre que ces zones de « lacune sismique » finissent par rompre. Des équipes de géologues sont sur le terrain pour cartographier la zone de rupture en surface. Il est néanmoins possible que, comme nous l’avons montré plus au nord à partir de l’étude INSAR du séisme du 12 mai 2008 (de Michele et al., 2010a et b), la faille de Guanxiang soit localement masquée par la remontée des sédiments du bassin du Sichuan sur le front de chaine le long d’un rétro-chevauchement (Fig 3). La rupture n’atteindrait alors pas la surface.

PNG - 87.2 ko
Figure 3 :
Sur cette coupe schématique des Longmen Shan (Robert et al., 2010) nous avons reporté la localisation (projetée) théorique des deux épicentres.

Deux questions se posent maintenant :

  La zone bloquée entre les deux séismes est-elle prête à rompre, produisant un séisme de magnitude supérieure à 6 ?
  Les failles de Longriba et de Xian Shui He sont-elles affectées par la sismicité que connaît la région depuis 2008 ?

Ces questions sont cruciales dans une des régions les plus peuplées de Chine.

Notre laboratoire s’intéresse au comportement de ces failles ainsi qu’à leur histoire géologique long-terme. Ces failles représentent d’anciennes paléo-discontinuités réactivées depuis le Cénozoïque. Notre connaissance de l’histoire géologique long-terme permet d’identifier les discontinuités les plus importantes au cours de l’évolution de cette zone. Ces discontinuités constituent aujourd’hui des zones de faiblesse comme la faille de Longriba localisée sur la bordure Paléozoïque de la marge passive du bloc Chine du Sud.

Nous avons engagé une étude pluridisciplinaire (géophysique, géomorphologique et géologique) sur la zone de faille de Longriba, grâce à un financement ANR jeune chercheur.

Voir en ligne : Contact Julia de Sigoyer

Mots-clés

Sichuan earthquake, tibetan plateau

deMichele_et_al_2010 - 8.6 Mo

de Michele et al 2010 GJI - 528.8 ko

Robert_2010a - 3.2 Mo

Robert_2010b - 2.8 Mo

Godard09tectonic - 4.3 Mo

Figure 1 : - 2.3 Mo

Carte de la collision entre l’Inde et l’Asie. Les flèches représentent les vecteurs déplacements mesurés par GPS d’après Gan et al. (2007) reportés dans un référentiel Eurasie fixe. La convergence entre l’Inde et l’Asie est de 4,5 cm/an, alors que la convergence à travers la chaine des Longmen Shan est inférieure à 3 mm/an (dans le rectangle de localisation de la zone d’étude).